dimanche 24 février 2008

C'est tout cela, la vie...

« Bonjour, c’est Agnès »

Quelques secondes de blanc, j’ai reconnu la voix de mon frère.

« J’aimerais avoir des nouvelles de Gaby. Je t’ai envoyé un mail en début de semaine, et comme tu ne m’as pas répondu… »

Evidemment, il le sait, qu’il ne m’a pas répondu.

« Gaby va plutôt pas mal. Elle a encore eu un problème de vertèbre lundi, après un saut soutenu en … »

Zut, j’ai oublié, ah, oui : en trampoline…

Et puis j’écoute mon grand gaillard de frère. Et vous comment allez-vous ?

Moi, ça ne va pas du tout. Comme ça, il me le dit, sans fioriture, sans délicatesse, en brut, tout de go. Je suis estomaquée. Je chancelle dans ma jolie cuisine printanière.

J’ai peu de mots pour lui, pour lui donner un peu de moi, pour qu’il sorte de sa nuit.

Je lui parle de mon job, de quelqu’un qui à Saint Louis pourrait faire la même chose que moi.

Je lui répète qu’il peut m’appeler s’il en a envie.

Et je raccroche.

Silence.

Terrible.

Je sens les larmes couler sur mes joues.

Un cadeau de confiance de me dire ainsi comment il est. Douleur intense de ne pouvoir rien faire ici.

Il fait si beau dehors, le ciel est comme un coton intense, doux et rempli d’oies jacassantes qui rentrent au pays.

Nous mangeons et nous filons chez mon amie Corinne.

Une après-midi entre filles.

Et puis de retour ici, c’est un peu plus compliqué. Il faut faire les sacs, ramener mes trésors dans leur autre semaine. Les amener avec le sourire.

 

Depuis tout à l’heure, je suis à nouveau chez moi. Toute seule.

Je pense à mon frère.

A mon amie Corinne.

A Julie.

A Dominique.

Et je souris d’être là pour eux.

 

J’ai juste envie de dormir et prendre demain comme toujours à bras le corps.

C’est étrange de sentir ses épaules si larges et de les regarder si fragiles.

 

Je me souviens d’un été… J’avais juste onze ans. On m’avait inscrit dans un camp de musique auquel j’étais arrivée en retard, parce que malade, une fois de plus. J’avais eu la bonne idée de laisser tremper mes pieds dans l’eau d’un étang, en imaginant le monde d’en dessous et en oubliant que je vivais au dessus. Une semaine de fièvre galopante.

Dans la cour du lycée qui nous hébergeait, j’avais erré des heures jusqu’à ce que je reçoive une lettre avec une photo de mon frère. Et à partir de ce moment, j’avais retrouvé mon souffle.

Je pense avoir écrit le même style de mots il y a un an exactement dans un autre endroit.

De savoir que mon frère souffre, je ne peux le supporter.

Mais chut, je le garde pour moi, je le confis ici.

J’ai l’impression d’avoir rétabli le lien et c’est important, on verra demain ce qui se passe…

Posté par Beylliza à 22:08 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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